Les mots sont faciles, comme le vent ; les amis fidèles sont difficiles à trouver

La Grande Bretagne nous inspire des sentiments très variés, à nous les Français.

Parfois ils sont vus comme des adversaires historiques.
A d’autres moments, ils sont les meilleurs alliés de la France.
Par exemple, quand les 2 pays ont travaillé ensemble, ils ont construit l’avion commercial le plus rapide au monde.

Alors on se fait un avis sur la question ?

English version of this text here

Le Concorde

Ah les rosbifs !
Nos meilleurs ennemis ? Nos pires amis ?

L’histoire des conflits franco-britanniques est longue comme le bras.
Ayant un patronyme de consonance plus anglaise que française, j’observe cette histoire de rivalité entre les deux pays avec un point de vue particulier.

Comme je termine une séquence centrée autour de ce pays, c’est le bon moment pour rassembler dans un blog tout ce qu’il m’inspire.

De Toulouse à Londres

Revenons à la source de cette séquence britannique.
C’est d’abord l’histoire d’une amitié.

J’ai connu Jibirila il y a 22 ans lorsqu’il étudiait à la Toulouse School of Economics.
Aujourd’hui il est installé à Londres depuis de nombreuses années où il travaille pour le gouvernement britannique.
C’est original comme début, mon principal trait d’union avec le Royaume Uni est un Camerounais.

Comme presque chaque année, je l’ai appelé le 1er janvier pour lui souhaiter la bonne année et un bon anniversaire en même temps.
Mais une demi-heure de palabre ne suffisait pas, il fallait nous revoir et réunir nos familles.
D’autant plus que le nouveau-né, Akim venait de remplir les jours (et surtout les nuits) de ses parents.
Une visite à Londres s’imposait.

Tzik et Tadzouk, 3 jours plus tard les billets d’avion étaient pris.
40 jours plus tard, nous pouvions enfin nous serrer dans les bras.

Photo de famille à Greenwich

Tourisme dans la ville Monde

Londres reste une ville fascinante à bien des égards.
La ville Monde par excellence.
Il y a sans doute peu d’endroits sur Terre où l’on peut voir autant de faciès différents.

Nous avons fait notre parcours de touristes par excellence.
Mention spéciale à la Tower of London qui nous a fait voyager dans le temps.

J’ai beaucoup aimé aussi les devantures de pub, si élégantes.
Par contre, un coup d’œil à la carte et aux prix me dissuadait illico d’entrer.
Cette ville est tellement chère !

Je n’ai jamais accueilli les demandes des enfants pour des hamburgers et autres burritos avec autant d’adhésion.
Vive Chipotle !

Chipotle, le fast food mexicain

Un autre aspect négatif de Londres pour moi est la multiplication des caméras de surveillance dans l’espace public.

C’est une véritable société du contrôle total qui est l’œuvre là-bas.

Ce n’est pas forcément perceptible pour le touriste de base.
Mais Jib m’explique que des caméras capturent de nombreuses infractions routières comme le franchissement d’une ligne continue.
Vous recevez ensuite l’amende chez vous au bout de quelques jours.

En France, la gamme de contraventions tout automatiques est bien plus restreinte.

Vive les gaulois réfractaires !

Nous devons être vigilants face à ce modèle tout sécuritaire.

Shakespeare

En général, pour accroitre le plaisir du voyage, j’aime me plonger en avance dans ma future destination à travers des lectures.
En apprendre plus sur la culture permet d’apprécier davantage la découverte d’une autre région ou d’un autre pays.

Quand on pense à l’Angleterre, c’est assez rapidement l’ombre imposante de William Shakespeare qui se dessine.
Je me suis donc lancé dans la lecture du poète. Avec un peu d’appréhension, il faut bien l’avouer.
On ne s’attaque pas sans trembler à un tel monument.
Je reconnais que c’était un effort pour entrer dans le texte, du fait de la langue ancienne.

Mais le jeu en valait la chandelle.

C’est notre guide au Globe Theater qui me donne quelques clés pour comprendre le génie de Shakespeare.

Pour en savoir plus, sur le Théâtre Globe de Shakespeare, lisez cet article de l’encyclopédie Britannica :
https://www.britannica.com/topic/Globe-Theatre

La structure du théâtre par étages reflète une société compartimentée selon différentes classes sociales. Les meilleures places, les plus chères, sont vendues à de riches marchands et autres personnes fortunées. Tandis que le petit peuple se presse debout dans la fosse.

Le Nouveau Globe Theater de Londres

Et en réalité, les pièces de Shakespeare s’adressent à toutes les catégories de la population.
Les histoires sont vivantes, avec beaucoup de rebondissements, et narrées dans un langage direct. Les mots écorchés par de nombreuses apostrophes sont ceux de la langue parlée de l’époque.

Mais il y a aussi un sous texte, un deuxième sens accessible uniquement « à ceux qui ont la réf ».
Cette dimension supplémentaire, humoristique ou morale donne le souffle à l’œuvre.

C’est une connaissance intime de la condition humaine qui se dégage des pièces de Shakespeare.
Je pense à Cléopâtre qui enrage et veut faire fouetter son messager lorsqu’il lui apprend qu’Antoine s’est marié à Octavia.
Plus tard, lorsque le messager revient lui préciser que l’épouse est en fait très quelconque voire carrément laide, et qu’Antoine n’est pas amoureux, alors Cléopâtre est ravie et l’envoie couvrir d’or.

Être compréhensible et accessible par le plus grand nombre, rester simple et populaire. Tout en glissant les vérités les plus tranchantes sur les tares de l’humanité. La sagesse comme une lame acérée de katana.
Du grand art.

C’est une sensation un peu bizarre qui me parcourt dans la boutique bondée du Globe Theater.
Les meilleures répliques sont gravées sur des mugs.
Est-ce que la poésie perd de sa grâce quand elle est rattrapée par une exploitation commerciale ?
Je me console en me disant que j’ai trouvé un bon souvenir pour maman Juliette.

Mes amis étrangers

Finalement, ce sont bien les discussions avec nos amis qui constituaient la meilleure partie de ce voyage.
Partager des moments de vie précieux avec des amis du bout du monde, qui ont choisi de vivre en Europe et la renforcent.

Jibirila le Camerounais et Botsa l’Indienne travaillent tous les deux pour le secteur public britannique.

Ils représentent pour moi le meilleur exemple des bienfaits de l’immigration pour l’Europe.

A rebours des discours nationalistes débiles qui prennent de plus en plus de place, je pense que l’immigration est aussi une chance pour l’Europe.
Elle doit simplement être régulée et non stigmatisée.

Le patriotisme, c’est l’amour de son pays.
Le nationalisme, c’est la haine des autres.

Charles De Gaulle

C’est l’un des effets secondaires de l’écriture de ce blog.
Il me permet de déterminer à posteriori ce qui compte le plus pour moi.

Parmi toutes les idées qui me traversent l’esprit, lesquelles vont s’imposer avec suffisamment d’insistance pour me conduire à écrire quelques lignes à leur sujet ?

Il est bien évident que mon site a pris une tournure politique dernièrement.
J’ai ajouté le tag politique, en mars 2023 pour être précis. Soit 3 ans après son lancement.

C’est une préoccupation de plus en plus présente pour moi.

L’une des principales batailles idéologiques de notre temps oppose les libéraux aux nationalistes.
Cette tension traverse actuellement toutes les sociétés européennes, et en fait tous les pays d’immigration dans le monde.
Le camp de l’ouverture contre celui du repli sur soi.

Bien entendu, la réalité est plus complexe et ne se résume pas à une opposition aussi manichéenne.
Pour autant, si je la simplifie ici c’est davantage que dans un seul souci de clarté.
Je crois qu’il se joue quelque chose de fondamental en arrière-plan.

La devise européenne « Unis dans la diversité » est mise à l’épreuve d’une manière inédite.

L’opposition du « Nous » contre « Eux » alimentée par des pyromanes de toutes espèces déferle sur l’Europe et dans le monde entier.

Et il faut bien reconnaitre que c’est une recette électorale qui a fait ses preuves dans de nombreux pays.

Le Brexit

Le Brexit est la meilleure illustration de cette opposition frontale entre 2 visions du monde.

En bien ou en mal, les Brit’ ne font pas les choses à moitié.
Concernant le divorce avec l’Europe, ils ont mis en application, la promesse de nombreux nationalistes sur le continent.
Eux au moins vont au bout de leur logique.

Il y a 10 ans, le Royaume Uni entamait une longue période où il allait nous casser les pieds (remplacez par le mot qui convient, selon votre sensibilité).
L’un des dirigeants les moins inspirés de son temps se lançait dans un pari extrêmement périlleux.

Le pays a négocié durement avec l’Union Européenne pour obtenir de meilleures conditions d’appartenance.
Mais tout ce temps passé en difficiles tractations se révéla parfaitement inutile puisque l’accord a disparu avec le Brexit.
De nouveau, le Royaume Uni a pompé l’énergie de l’Union Européenne pendant de nombreuses années pour des raisons négatives.

Visiter Londres en 2025, cela donne l’impression de retrouver un grand royaume, mais en convalescence, sorti d’une douloureuse épreuve. Voire encore aux prises avec elle.

Le Brexit rassemblait tous les éléments pour constituer un bon drame. Comme dans une famille qui se déchire, les camps du Leave et du Remain, étaient irréconciliables.

Europes. Une histoire personnelle

En 2025, quelle est la place de l’Europe dans le monde ?
Quelle est la place du Royaume Uni en Europe ?

Un ouvrage magistral est venu apporter des réponses en remontant dans le temps. Le livre de Timothy Garton Ash retrace l’histoire contemporaine de la construction européenne depuis 1945 jusqu’à nos jours.

C’est doublé du parcours personnel de l’auteur qui a arpenté les terres européennes d’est en ouest depuis 1969.

J’y ai appris plein de choses, par exemple que les britanniques ont joué un rôle moteur dans l’établissement du marché unique en Europe.
N’en déplaise à Renaud, Madame Thatcher est bien remontée dans mon estime.

Un livre historique qui bouscule vos idées préconçues tout en étayant votre idéal de vie (l’harmonie entre les peuples), c’est puissant.

Et il est piquant de trouver une si grande déclaration d’amour à l’Europe de la part d’un citoyen britannique.

C’est un plaisir d’écrire ces lignes alors qu’une toute nouvelle dynamique s’est enclenchée de l’autre côté de la Manche.
Aujourd’hui le gouvernement britannique participe militairement à l’effort de guerre pour protéger l’Ukraine.
Le pays le moins exposé géographiquement par les russes est prêt à envoyer des troupes pour sécuriser un pays agressé aux confins de l’Europe.
Il restaure cette solidarité européenne qui semblait vouée aux oubliettes.

La vie est cyclique.
A quelque chose, malheur est bon.

La sagesse populaire et ses dictons ont toujours des choses à nous enseigner.

Je termine cet article dédié à nos voisins d’outre-manche, si loin, si proches, avec une volonté d’ouverture bien entendu.

C’est l’occasion pour moi d’éditer mon premier texte traduit en anglais sur ce blog. Car mes amis méritent bien une traduction relue et affinée par mes soins.

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