David, fais-moi peur

Peu de cinéastes auront marqué leur temps comme David Lynch.

Son univers baroque m’a bousculé, ébranlé et j’ai aimé ça.

Hommage à un grand homme, décalé.

Se souvenir de nos premières fois

J’ai 19 ans.
J’annonce fièrement à ma copine arty que je vais voir le dernier film de David Lynch ‘Lost highway’.
Avec de l’excitation joyeuse dans la voix.

Mais l’emballement fait place à l’interrogation quand elle me dit :

- Tu vas flipper !

- Je vais flipper ? Mais pourquoi ?

Privilège de la première fois.
On ne sait pas à quoi s’attendre quand on découvre un artiste.

Des films pour grandes personnes, certainement.
Mais seulement pour celles qui laissent leurs certitudes d’adulte au vestiaire.

Sentir, ressentir plutôt que réfléchir

Il est difficile de s’adapter pour un spectateur habitué depuis plus de 2 millénaires au même schéma traditionnel.
3 temps pour raconter une histoire : un début, un milieu et une fin.
C’est le père Aristote qui l’a écrit dans sa poétique.

Le cinéma de David Lynch fait un pas de côté en dehors du chemin balisé de la structure narrative classique.
C’est une forme d’expression plus sensible que rationnelle.

Deux mouvements inverses.
Soit le bizarre entre par effraction dans la vie quotidienne. Comme quand une vielle personne s’anime excessivement et parle un peu trop fort et avec emphase. Juste de quoi susciter une sensation étrange.

Soit des évènements impossibles s’imposent dans la réalité du film. Avec un traitement le plus naturel possible, sans effets.
Par exemple, quand une personne prisonnière est remplacée par une autre dans sa cellule.

Timeless

Le cinéma de DL me parait enchâssé dans une époque désormais révolue.

Dans Mulholland Drive, on appelle encore via des cabines téléphoniques dans la rue.
Cette préhistoire d’avant les smartphones et la multiplication des écrans LCD dans nos vies.

Un écrin pour aller sonder les âmes de personnages tourmentés, sans être distrait par les lumières de la modernité.

Fire walk with me

Il a été dit que DL était un précurseur. En avance sur son temps. Inspirant de nombreux créateurs qui marchent dans ses pas.
Twin Peaks, la série TV matricielle … etc.

Il est très troublant de le voir disparaître au moment où Hollywood brûle.
Au moment où Trump reprend le pouvoir aux USA.

Quand l’empreinte humaine n’est plus soutenable et disparaît en cendres.
Quand les émotions comptent davantage que la vérité en politique.
Quand tous les repères sont brouillés.

Quelle ère nouvelle commence maintenant ?

Une histoire de transmission

Lui-même inspiré dans sa jeunesse par les œuvres déstructurées de Francis Bacon. DL a exploré la noirceur des Hommes, comme personne.

Il a fait ressortir le côté bizarre, étrange de nos vies. Pour mieux en extraire la moelle.

Même un scientifique cartésien peut être sensible à cette démonstration par l’absurde.

Quand on lit les journaux, il y a de quoi pleurer sur l’état du monde.
C’est pour cela que nous avons besoin de nous réfugier dans les œuvres artistiques.
Sublimer le réel, pour ne pas crever tout de suite, de tristesse.

Alors nous aussi, entrons dans la danse des fous.
Regardez ! Francis Bacon a trouvé un nouveau modèle, plus jeune, pour ses toiles.

Et il lui a présenté sa nouvelle amie, prénommée GenAI.

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