Heureusement qu’il y a le streaming en cette période…

Bien sûr les bols d’air frais, les soirées animées entre potes et leurs postillons partagés, le sport et tout le reste nous manquent beaucoup.
Mais au bout du compte, on n’a pas le droit de faire la grimace quand on a la chance de pouvoir se blottir sous la couette pour enchaîner les soirées films et TV.

Faisons le bilan d’une semaine de visionnage éclectique.

The Undoing (OCS, Octobre 2020)

Il y a 7 jours, nous avons littéralement englouti la dernière série de David E. Kelley (Big Little Lies) : 5 épisodes et demi ingurgités d’affilée.

Cette nouvelle mini série représente pour moi ce qui se fait de mieux sur le plan des sorties récentes, le scénario diabolique, le jeu subtile et juste des comédiens, les images superbes (aaah la skyline de Manhattan)…

Tutto è perfetto, enfoiré !

Je trouve surtout que c’est l’utilisation du format (6 épisodes de 50 minutes) qui est parfaitement réussie. La progression de l’analyse psychologique est tellement précise que ça en devient complètement addictif.

The Undoing, la binge mini série par excellence !

https://www.ocs.fr/actualite/undoing-la-nouvelle-serie-hbo-ecrite-par-david-e-kelley

The Undoing

Telefoni bianchi / La Carrière d’une femme de chambre (Dino Risi, 1976)

Ils sont rares les artistes avec lesquels nous entretenons une véritable communion d’esprit.

Ces démiurges ne font pas que recréer un monde cohérent inspiré du réel.
Ils développent aussi une vision de la vie qui touche au plus haut point notre sensibilité, comme si c’était un autre moi (alter ego) qui s’exprimait dans son langage artistique.

Quand on voit le style naturel on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme.

Blaise Pascal

En littérature par exemple, c’est probablement Joseph Kessel dont je me sens le plus proche de la vision de la vie.

Dans le domaine du cinéma, je pourrais citer Billy Wilder ou Akira Kurosawa.
Et de l’autre côté des Alpes, le grand Dino.

Dans l’Italie d’après guerre, grosso modo des années 40 jusqu’à 70, il s’est épanoui un style unique de cinéma qui mêle humour (souvent grinçant), analyse sociologique et une fluidité incomparable du récit.
Au sommet de cette olympe, j’ai trouvé Dino Risi.

Ce cinéaste met en scène ses compatriotes italiens avec une compassion et une lucidité inégalées.
Je n’ai pas encore vu beaucoup de ses films.
(mais je suis actuellement en cours de rattrapage)
Cependant TOUT ce que j’ai vu de cet homme me plaît au plus haut point.

Dans Telefoni bianchi, on retrace 10 ans de la vie politique et sociale italienne à travers le personnage magnifique de Marcella, une jeune femme pauvre et ambitieuse.
Le pouvoir d’illusion du cinéma, l’aveuglement des foules sous un régime autoritaire, l’incorrigible lubricité des hommes, la violence des rapports de classe…
Vous trouverez tout cela et bien plus encore dans ce bijou de la comédie italienne.

Le comble de l’élégance c’est de savoir aborder les sujets les plus lourds de l’humanité tout en conservant le style léger, simple et drôle et surtout sans jamais se prendre au sérieux.
Ce n’est pas pour rien que l’Italie est le pays de la Sprezzatura.
Brava Italia !

Rien que la bande annonce est cul-te, je vous laisse apprécier :
http://www.acaciasfilms.com/film/la-carriere-dune-femme-de-chambre/

Dino Risi

Mank (David Fincher, Novembre 2020)

Étonnant que ce projet, aussi pointu, ait pu voir le jour et ce de manière aussi réussie.

C’est d’autant plus surprenant que cette option prise par Netflix depuis quelques années (l’ambition artistique des films d’auteur) ne m’avait pas franchement convaincu jusque là.

Par exemple, je n’ai jamais pu atteindre la fin de The Irishman de Martin Scorsese, malgré des tentatives répétées. Des acteurs papys qui se font tirer les traits du visage par traitement numérique interposé, très peu pour moi.
Même les frères Coen m’ont déçu sur Netflix, avec leur format de vignettes de Buster Scruggs.

C’est dur de voir tomber des idoles de leur piédestal !

Alors je reconnais qu’au début j’y suis allé avec prudence voir ce Mank.
Expliquons un peu le contexte de l’histoire pour le grand public.
(car ce blog s’adresse à tous et pas seulement aux cinéphiles de toujours)

Citizen Kane est souvent considéré par les critiques d’art comme LE chef d’œuvre absolu de l’histoire du cinéma.
Comme tous les étudiants en cinéma, j’ai du me coller son visionnage quand je préparai les concours.
Passage obligé.

Je pense que ça du être à la 3eme ou 4eme tentative que j’ai réussit à le voir en entier, tellement le film était compliqué.
Ce n’est pas seulement l’écriture de l’histoire qui est très innovante mais aussi la mise en scène qui fait appel à de nombreuses audaces techniques pour l’époque.

Bref il s’agit définitivement d’un film pour adultes, dans le sens où il est difficile d’apprécier toutes ses qualités sans avoir au préalable un minimum de connaissances artistiques et cinéphiles, un bagage technique en somme.
C’est à l’issue d’un long processus d’initiation que ce fruit peut donner toutes ses saveurs à celui qui le goûte.
Un film élitiste donc.

Le film Mank de Netflix retrace l’écriture du scénario de ce film Citizen Kane.
Le personnage principal, le scénariste Herman J. Mankiewicz s’inspire pour cela d’un riche homme d’affaires, qu’il a côtoyé car celui-ci est un ami intime de son patron, Louis B. Mayer, le boss du studio de cinéma MGM.
Au passage, j’ai réussi à faire une phrase presque aussi compliquée que l’histoire du film, youpi.

Magie d’Internet (car il n’y a pas que la magie du Cinéma après tout), je viens de découvrir à l’instant un super blog de cinéphile qui décrit bien mieux que je ne pourrais le faire ce beau film.

Alors si vous voulez plus de détails sur l’histoire, allez lire cet article :

D’ailleurs il est mentionné dans cet article, la même thèse que je voulais aborder initialement : la création cinématographique aujourd’hui se trouve aussi et surtout dans les plateformes de streaming.

C’est comme ça qu’est le monde, ni blanc, ni noir, mais plein de teintes variées et entremêlées.
D’un côté, les Netflix, HBO, Prime et consort font du mal à l’exploitation des films en salles.
De l’autre côté, elles amènent une vraie bouffée d’air frais dans le climat frileux des grandes productions de cinéma.
La bonne recette (pas encore trouvée) sera constituée d’un mix intelligent entre la diffusion exclusive en salle pendant une durée limitée et la diffusion sur les plateformes.
En tout cas, bienvenue dans un monde hybride !

Mank

What else ?

En creusant un peu, j’aurai encore un paquet de recommandations à vous faire pour meubler ces longues soirées d’hiver :

Chat Noir, Chat Blanc sur Netflix, une comédie dans les Balkans qui me fait jubiler (Emir Kusturica, 1998)

His Dark Materials sur OCS, LA série fantastique ultime qui réconcilie toute la famille devant un écran (HBO, 2019-2020).

Mais bon on en garde sous le pied pour un prochain article !

Partage: