Il court, il court, le futé

J’avais un peu le moral dans les chaussettes ce matin.

Parce que les choses n’avancent pas aussi vite que je le voudrai dans mon travail et parce que je suis impatient (et ça ne s’arrange pas du tout avec l’âge).

Et pour d’autres raisons qui ne dépendent pas de moi.
Les stoïciens, l’équipe austère de la philosophie antique me diraient que je ne devrai donc ne pas m’en préoccuper.

Pas aussi simple.

Un rapide contrôle de la météo du jour et de mon planning …
Oui c’est possible, je vais pouvoir me caler une course dans les Côteaux entre midi et deux, yeah !

Piémont pyrénéen

Rien que l’idée me remonte le moral.
Notre directeur des opérations Airbus parle de grand huit émotionnel pour caractériser la période actuelle. L’image est bien trouvée et elle s’applique parfaitement à mon cas, il faut bien le reconnaitre.

Up and down

Il y a des collines près de chez moi qui s’étirent le long de l’Ariège : les coteaux du Lauragais.
Mon Zion à moi au milieu des cultures de blé et de tournesol, avec la chaîne des Pyrénées en toile de fond.

Ni une ni deux, à peine terminé mon programme du matin, j’enfile ma tenue et mes chaussures et en avant le p’tit gars.

Quand je pars courir, c’est un sentiment de liberté qui me traverse. Déjà on n’a pas besoin de mettre le masque, c’est toujours ça de pris.

Au début, il faut traverser la ville via des ruelles et des chemins piétonniers. On remonte le parc de la mairie que l’on contourne, puis l’église.

Deux minutes plus tard, la grimpette sérieuse commence quand on passe devant la statue de la Vierge. Deux options s’offrent à nous : à gauche de Marie, c’est le circuit court ; à droite c’est le programme sérieux. Aujourd’hui on a un peu de temps devant nous alors on part pour le grand tour.

Le chemin s’élève pour de bon, on sort rapidement de la ville pour rejoindre le monde rural. Quelques bois et surtout des champs vallonnés, parsemés de fermes et de villas grand luxe, voilà le décor de ma cour de récréation.

Ça monte ou ça descend tout le temps, il n’y a pas de zone plate dans ce pays.

Quand je prends mon pouls à la gorge, j’ai l’impression d’être à 350 BPM ! ça bat la chamade là-dessous. Pourtant je me sens bien, les sensations sont bonnes. Mais il est clair que je suis sur le fil du rasoir, si je pousse un tout petit peu trop, je vais exploser et je devrai continuer en marchant. Alors on souffle fort, on hyper-oxygène pour éviter d’attraper des points de côtés. Et on s’accroche.

La nature est tellement belle en cette période de l’année. Les champs de blé sont en herbe.

Il n’y a quasiment pas un pékin dans ces chemins aujourd’hui. Les rares fois où je croise un humain, je sursaute un peu effrayé.

Dans les bois, les oiseaux chantent sur mon passage pour m’encourager. Quel plaisir délicieux.
Ou peut-être ils disent simplement : attention il y a un couillon qui arrive !

Des fleurs blanches d’aubépines volent dans les airs. Au sol, elles me font penser à des confettis, un lendemain de fête.

Le finish du parcours donne des frissons quand on dévale en descente le sentier étroit du bois de Savignol pour rejoindre la civilisation.

J’aime bien cette carte, les codes couleurs donnent le sentiment qu’on a traversé les Alpes.

Sous la douche, on commence par un jet d’eau glacé pour soulager les douleurs des genoux et détendre les muscles en feu. Au début on morfle, ensuite c’est exquis.

Le bienfait intégral de l’effort physique nous submerge telle une immense vague régénérante.

Pourtant l’après course a pris une tournure inquiétante, une fois n’est pas coutume.
Mon cœur serré me faisait mal. Davantage une gêne, qu’une vraie douleur, mais quand même suffisamment ennuyante et persistante la sensation pour gâcher la fête et me rappeler que je vieillis… Arggh

Quand mon fils me signale que lui aussi a des douleurs au cœur parfois, j’en conclus que nous sommes surtout sevrés de sport en cette période.
Bien sûr, le matos grince quand on le secoue aussi brusquement : il n’est plus habitué. Il est grand temps de s’y remettre pour de bon.

C’est ce que j’aime autant à cette période du carême. C’est le moment du reset. On repart du bon pied sur de nouvelles bases, plus saines.

Le soir, je termine de rédiger un nouveau texte (celui-ci) en écoutant du bon son.
Ayé la douleur au cœur est partie.
La sérénité revient.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait.
En fait si, ce sera sans doute un autre jour qui ressemblera pas mal à aujourd’hui, avec beaucoup de temps consacré au travail.

Mais nous veillerons à garder une petite part d’imprévu et à penser à nous faire du bien.

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